Écit par: BRUNO BISSON
La Presse

https://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201905/08/01-5225301-pont-champlain-les-camions-a-lile-des-soeurs-brossard-dans-la-brume.php

L’Île-des-Soeurs n’en a pas fini avec le vieux pont Champlain. Des centaines de camions vont devoir emprunter le réseau routier local de L’Île-des-Soeurs tous les jours durant quatre mois pour transporter les milliers de tonnes de matériaux nécessaires à la construction de deux jetées, dès l’an prochain, en vue de la déconstruction finale du pont.

Selon un rapport d’« analyse environnementale ciblée » rendu public hier par la société Les Ponts Jacques Cartier et Champlain Incorporée (PJCCI), responsable de ce projet de déconstruction de 400 millions, jusqu’à 234 camions devraient traverser l’île chaque jour, en moyenne, et ce, 24 heures par jour, pour aller décharger leurs cargaisons de pierres et de matériaux de remblai sur les bords de l’île (côté fleuve) ou sur la digue de la Voie maritime, via l’estacade du pont Champlain.

Les nuisances causées par ce camionnage intense se limiteront toutefois à quatre mois, au début et à la fin des travaux de déconstruction.

Dans l’intervalle, à Brossard, de l’autre côté du fleuve, quatre secteurs résidentiels situés en bordure de l’autoroute 10 sont désignés comme des « zones sensibles » qui pourraient à l’occasion se recouvrir d’un nuage blanc de poussière et de silice en provenance de l’endroit où des morceaux de pont seront mis en pièces… pendant deux ou trois ans.

Une cinquième zone sensible aux effets de cette pollution de l’air est aussi située à L’Île-des-Soeurs, à la hauteur de l’estacade du pont Champlain. Elle comprend une partie du secteur résidentiel de luxe appelé « Cours du fleuve ».

Trois jetées

Ces impacts directs sur la qualité de vie des riverains du pont Champlain actuel sont parmi les plus « significatifs » relevés par l’étude environnementale de PJCCI. Le document permet de mieux saisir l’ampleur de cette « opération colossale » qui vise à faire disparaître du paysage, en quatre ans, une masse de béton et d’acier de 3,4 kilomètres de long et de près de 300 000 tonnes.

L’immense chantier se déploiera à la fois sur les rives et sur le fleuve. Des barges, des bateaux et des milliers de camions seront utilisés pendant ces quatre années, mais les bases d’activités seront construites sur le fleuve. Trois grandes jetées seront aménagées, à L’Île-des-Soeurs, sur la digue de la Voie maritime et à Brossard.

À titre comparatif, celles de l’Île et de Brossard seront un peu moins grandes que la jetée existante construite en 2015 et utilisée pour la construction du nouveau pont Samuel-De Champlain.

Leur construction commandera quand même un volume total de 450 000 tonnes de sols et matériaux de remblai transportées par 8657 camions, dont environ 70 % traverseront L’Île-des-Soeurs pour se rendre au pied du pont, dans l’île, ou sur la Voie maritime. Les 30 % qui restent demeureront pour l’essentiel sur la Rive-Sud, pour construire la jetée de Brossard.

Les travaux de construction des jetées devraient durer quatre mois, sans pause nocturne, 24 heures par jour.

Brume sur Brossard

Pendant sa déconstruction, qui s’étendra sur deux à trois ans, le pont Champlain sera découpé en morceaux. D’immenses pièces seront hissées à l’aide de grues et rapportées au sol, sur ces jetées, où elles seront ensuite mises en pièce par sciage, concassage ou toute autre méthode que l’entrepreneur choisira d’utiliser.

L’évacuation des 250 000 tonnes de béton, 25 000 tonnes d’acier et 12 000 tonnes d’asphalte du pont Champlain vers des lieux de recyclage ou de réutilisation des matériaux nécessitera, quant à elle, entre 7500 et près de 9000 voyages de camion, sur une période de deux à trois ans.

Ce sont ces activités de broyage de pièces de béton, de chargement de camions et de découpage de pièces d’acier « qui causeront des émissions de particules, y compris la silice, et potentiellement de plomb », souligne le rapport environnemental de PJCCI, dans les zones sensibles situées près des jetées. Quatre de ces zones sont situées de part et d’autre de l’A10 à Brossard, tandis que la cinquième est située à L’Île-des-Soeurs.

La silice est une composante commune du sable et de la roche qui est inoffensive lorsqu’elle est inerte, mais qui peut créer des problèmes de santé lorsque ces particules microscopiques sont portées par la poussière et le vent.

La société fédérale PJCCI imposera des critères sévères pour contrôler les émissions polluantes en provenance de ces trois « lieux de mobilisation ». Malgré cela, des émissions de poussière seront autorisées en provenance des jetées, jusqu’à obscurcir la visibilité de 10 %, dans les secteurs résidentiels.

« L’opacité de la poussière diffuse devra être limitée à 20 % ou moins sur le site, et 10 % ou moins aux limites du site, énonce ainsi l’étude environnementale de PJCCI. L’opacité est la mesure de diminution de la visibilité du fait d’un nuage de poussière. Par exemple, si un nuage de poussière obscurcit la visibilité d’arrière-plan de 20 %, l’opacité des émissions visibles du nuage de poussière est de 20 %. »

Portes ouvertes

L’« analyse environnementale ciblée » de PJCCI est rendue publique au moment où la société fédérale invite le public à prendre connaissance de son projet de déconstruction. La première journée « portes ouvertes » sur ce projet avait lieu hier. La deuxième est prévue aujourd’hui à la Maison du développement durable, au centre-ville de Montréal.

Comment va-t-on s’y prendre pour atténuer les impacts prévisibles du projet ? Certaines des mesures qui seront mises en oeuvre sont déjà précisées, mais beaucoup d’autres seront déterminées au cours du processus d’appel de propositions, par l’entreprise ou le consortium d’entreprises qui sera choisi pour réaliser le contrat. Dans le contrat qui sera signé avec l’entrepreneur, PJCCI va établir des critères à remplir, des cibles à atteindre, des seuils à respecter, ainsi que des programmes de surveillance environnementale visant à réduire les impacts des chantiers sur la vie des riverains, la faune et la flore du fleuve. Le choix des moyens pour respecter ces exigences de PJCCI appartiendra toutefois, pour l’essentiel, à l’entrepreneur.