Immobilier: Groupe Mach et les Saputo font sonner la caisse

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

En pleine pandémie de COVID-19, Groupe Mach et la famille Saputo font un gros profit avec la revente de l’édifice de bureaux 16, place du Commerce, à L’Île-des-Sœurs.

N’est-ce pas le rêve de tout investisseur immobilier ? Acheter un immeuble pour la moitié de sa valeur municipale pour ensuite le revendre trois fois plus cher, trois ans plus tard.

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André DubucANDRÉ DUBUC
LA PRESSE

C’est ce qui arrive au Groupe Mach et la famille Saputo, qui font un gros profit avec la revente de l’édifice de bureaux 16, place du Commerce, à L’Île-des-Sœurs.

Lachance Immobilier et le Fonds immobilier de solidarité FTQ l’acquièrent, à parts égales, pour 48 millions, trois fois le prix payé par Mach en décembre 2016.

Par la suite, Mach a noué un partenariat avec Jolina et Petra dans la détention de cet immeuble. Jolina appartient à la famille Saputo, et Petra appartient en partie à Giuseppe Borsellino, beau-frère de Lino Saputo père.

Par cette acquisition, Lachance et le Fonds immobilier de solidarité FTQ accentuent leur mainmise sur le côté ouest de l’entrée de L’Île-des-Sœurs, à la sortie du pont Samuel-De Champlain. Depuis 2017, Lachance et compagnie ont mis le grappin sur 445 000 pieds carrés de terrains longeant la future gare du Réseau express métropolitain (REM), y compris l’immeuble voisin du 14, place du Commerce.

« Pour réaliser tout le potentiel de nos propriétés dans le secteur, Mach et Lachance Immobilier devaient obligatoirement compter l’un sur l’autre. M. Lachance est allé se chercher un partenaire financier et a racheté notre propriété à un prix correspondant à son potentiel de développement », explique, dans un entretien, Pierre-Jacques Lefaivre, premier vice-président chez Mach.

Plus de densité demandée

Les acquéreurs souhaitent réaliser un projet mixte comprenant commerces et services au rez-de-chaussée et des logements aux étages. À l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) qui entendait les participants sur le programme particulier d’urbanisme (PPU) de la partie nord de L’Île-des-Sœurs, M. Lachance a demandé de hausser la densité permise en échange de l’incorporation d’équipements collectifs comme une bibliothèque ou une école comme il l’a déjà fait, de façon temporaire, au 14, place du Commerce.

M. Lachance attend avec impatience la parution du rapport consultatif de l’OCPM, dont les activités publiques sont arrêtées pendant le Grand Confinement. Le rapport devrait être publié d’ici deux semaines, fait-on savoir à l’OCPM.

Dans sa forme actuelle, le PPU propose une limite de hauteur à 57 mètres pour un coefficient d’occupation au sol (COS) d’un maximum de 6 pour les terrains de M. Lachance. En gros, un COS de 6 veut dire 6 pieds carrés constructibles par pied carré de terrain.

À un prix de vente de 48 millions, la transaction du 16, place du Commerce revient à un prix de 120 $ par pied carré constructible, avant les coûts de démolition.

Issu d’une famille de promoteurs immobiliers de Québec, Claude Lachance a fondé Lachance Immobilier en 1983 et a depuis bâti près de 1000 logements dans Griffintown.

« Je suis très heureux de ce partenariat et de cette acquisition qui consolident nos actifs dans la partie nord de L’Île-des-Sœurs et faciliteront la mise en œuvre d’un projet intégré de développement dans le secteur », a déclaré Claude Lachance, président de Lachance Immobilier, dans un communiqué. « Nous sommes fiers d’unir nos forces à celles d’un nouveau partenaire avec qui nous contribuerons au développement de la métropole. L’annonce d’aujourd’hui constitue un premier jalon en vue de la conception d’un projet axé sur le transport collectif », a fait savoir pour sa part Normand Bélanger, président-directeur général du Fonds immobilier de solidarité FTQ.

Un prix marchand évoluant en sens inverse de l’évaluation municipale

L’homme d’affaires Vincent Chiara avait acheté au rabais le 16, place du Commerce le 30 décembre 2016, identifiable à l’époque par le logo de la société Pages Jaunes accroché dans les hauteurs de l’immeuble de 10 étages de L’Île-des-Sœurs.

Le bâtiment de 165 000 pieds carrés a perdu son locataire unique en décembre 2017. Ses propriétaires ont dû absorber des frais fixes annuels de l’ordre de 10 millions (taxes, chauffage, entretien, financement, etc.) pendant 28 mois, selon nos informations. Pour 2018 et 2019, à titre d’exemple, les taxes municipales se sont élevées à plus de 1,6 million.

L’entreprise de M. Chiara, Groupe Mach, avait payé 16,5 millions pour l’édifice dont la valeur était établie à l’époque à plus de 30 millions par le service d’évaluation de la Ville de Montréal. Cette valeur a toutefois dégringolé avec le rôle municipal entré en vigueur le 1er janvier dernier. La propriété, qui est restée inoccupée tout ce temps, ne vaut plus que 16,6 millions, selon les évaluateurs de la Ville.

Vendu pour 42 millions en 2007

Real I.S., division d’un groupe financier allemand, avait payé 42,4 millions en 2007 pour le même actif au moment où il restait encore 10 ans au bail de Pages Jaunes.

L’édifice a été construit en 1992 par le promoteur Canderel pour les besoins de Nortel (alors Bell Northern Research). À l’expiration du bail de Nortel en février 2002, Canderel avait remis les clés de l’immeuble à son prêteur hypothécaire, Standard Life (aujourd’hui Manuvie). L’assureur vie avait réussi un coup d’éclat en relouant la totalité de l’immeuble à Groupe Pages Jaunes, qui a commencé à occuper les lieux en décembre 2003.

En 2020, le coup d’éclat, ce sont Mach et les Saputo qui le réalisent.

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