Émigration, Immigration, Intégration

Je ne suis en rien une écrivaine, et encore moins une psychologue, philosophe ou analyste.

J’écris, tout simplement, pour témoigner, pour expliquer ce que ces  trente dernières années de vie, loin de chez moi, m’ont permis d’acquérir et de comprendre de l’immigration en général, une expérience que je partage désormais avec mon père et commune à la plupart des personnes venues d’ailleurs qui s’installent dans un autre pays, non pas pour faire fortune, comme cela m’a été demandé, mais pour espérer une vie meilleure.

Fille d’immigrant, et immigrante moi-même, je suis une simple narratrice, témoin d’un parcours de vie, le mien, et des différentes rencontres qui se sont faites dans mon parcours de vie entre plusieurs cultures et continents.

Ce livre témoignage  pourra,  peut-être, modifier, dans les deux sens, les aprioris sur les uns et les autres, et surtout espérer améliorer, avec le temps, les attitudes et la tolérance des uns envers les autres.

Ce récit n’est pas écrit pour critiquer les conditions d’immigration au Québec, et au Canada, mais expliquer ce que représente émotionnellement l’immigration, et pour relater les avantages et les inconvénients que rencontre tout émigré devenu immigré, tout en étant persuadé que les conséquences de l’immigration, bonnes ou moins bonnes, sont identiques dans n’importe quel pays d’accueil.

Je rajouterai d’ailleurs en qualité de fille d’immigrant et au vu de ce que la France offre à ce jour encore, à ceux qui demandent asile et protection, que le Canada et le Québec, sont « une terre d’accueil » généreuse, respectueuse où la population a, par instinct, le don de l’accueil.

Le terme immigration est l’aboutissement d’un choix ou d’une imposition de vie qui se décompose en quatre phases : émigration, déracinement, insertion et intégration.

Je crois qu’il est important de comprendre et surtout d’accepter, par toutes les parties, que cela doit passer par ces quatre étapes. Je vais essayer de me servir de mon parcours, complété par différents témoignages de personnes rencontrées, pour expliquer les différentes phases que nous avons traversées. Et je précise bien que ce soit par choix, ou dans toutes autres situations, l’accueil, l’écoute, la compréhension, la tolérance, l’acceptation, le partage, et ce  réciproquement, sont les sentiments obligés pour une intégration réussie dans un autre pays, une autre culture, et parfois  une autre langue.

L’émigration

L’émigration impose de faire un choix de rupture dans différents domaines de notre vie : abandon des origines, abandon du lieu de vie,  de la famille, des amis, des souvenirs, abandon d’un parcours professionnel, etc.

Le déracinement

Il oblige l’abandon des : codes de vie, de nourriture, parfois de tenues vestimentaires,  des repères quotidiens, de langue,  etc.

L’insertion ou intégration

Après 30 années de vie au Québec, et témoin également de l’immigration paternelle dans mon enfance, je reste convaincue qu’une bonne intégration ne peut se faire que dans la compréhension, l’écoute et l’acceptation, réciproques, des nouveaux arrivants et de la population autochtone. Si l’arrivant doit apprendre à connaître et respecter son pays d’accueil , Il est aussi nécessaire que la population d’accueil accepte de découvrir les mentalités, les habitudes et réactions du nouvel arrivant. Qu’elle s’intéresse très simplement aux données culturelles et parfois religieuses de l’immigrant, sans pour autant se sentir obligée de les partager ou se les faire imposer. Juste apprendre à se connaître, se respecter et s’accepter  réciproquement.

L’immigration entraîne obligatoirement un choc culturel, et contraint  l’arrivant à découvrir : un nouvel espace, un nouvel environnement, parfois une nouvelle langue, avec ses différents accents. L’immigrant se doit de changer ses façons de penser, ses mœurs et coutumes dans un lieu public, il doit également accepter les valeurs morales du pays d’accueil. Mais l’immigration a aussi pour conséquences un isolement et souvent une grande solitude  cachée derrière de la fierté.

Il y a aussi des conséquences autres, quand l’immigration, et donc l’intégration, se fait dans un contexte familial. Les différentes étapes s’imposent également au ou à la  conjoint(e) et aux enfants s’il y en a. Cette situation peut parfois être plus difficile pour eux, si l’un d’eux a choisi de s’expatrier pour raison professionnelle. La personne mutée professionnellement aura la chance de bénéficier de relations et donc d’échanges au quotidien dans son milieu de travail, ce qui ne sera pas le cas de sa conjointe (ou inversement).

L’immigration…. mot synonyme de liberté, de sécurité, de bonheur, de courage, de persévérance mais aussi de désillusion.

Pour illustrer ce constat je parlerai de mon expérience.

Quand nous arrivons au Québec nous sommes tous pleins de rêves, pleins d’espoirs avec deux buts : travailler et vivre heureux. Nous voulons tous nous intégrer, nous fondre dans cette vie paisible, et participer à l’amélioration de cette terre d’accueil. Nous arrivons tous avec un vécu extérieur, avec ou sans diplômes, mais prêts à relever les manches pour partager notre savoir et apprendre ce que nous ne savons pas. Nous suivons toutes les réunions, tous les cours obligatoires.

Quand la situation le demande nous repassons tous les diplômes du Québec pour réussir notre insertion. Nous croyons fermement, intensément enfin exister, même si loin de nos racines. Certains même oublient, un tant soit peu, leurs racines pour avoir l’air plus vrais, plus dans la peau de l’autre. Nous sommes reconnaissants, et prêts à devenir des Américains du Nord, nous voulons le prouver. Nous avons les mêmes devoirs et obligations envers ce pays qui nous a accueillis à bras ouverts qu’envers notre propre pays. Après ces multiples démarches, nous nous lançons dans l’aventure : trouver un emploi, se faire des connaissances, des amis, et parfois fonder une famille !

Les recherches commencent : envois de CV, visites quotidiennes dans les centres d’emplois, études minutieuses de la rubrique « offres d’emplois » dans les journaux, les réseaux, appels téléphoniques, suivi des multiples sites Internet, etc. On guette le courrier, on surveille notre téléphone, on contrôle  nos courriels, on dépose directement les CV pour forcer le contact. On y croit toujours… bien que déjà 6 mois se soient écoulés, sans aucun retour, ou de rares réponses qui ne sont que des refus.

Pendant ces quelques mois on a essayé de rencontrer des gens pour échanger nos idées, pensées, souvenirs. On a même fait du bénévolat pour faciliter les rencontres et le contact. On a dépensé pour exister et pour s’intégrer. Mais le vide et la solitude sont là et bien là. La plupart des gens gentils que l’on rencontre à l’extérieur, et que l’on invite chez soi, ne vous invitent pas dans leur intérieur!

Les mois continuent à filer doucement et rien ne se passe jamais. Alors on commence à s’interroger, à se remettre en question, à s’inquiéter, à paniquer sur l’argent qui diminue, à regretter… On ne comprend pas pourquoi ce silence, pourquoi cette indifférence alors que nous pensons faire ce qui est bien pour réussir, et que nous donnons sans compter.

Une remise en question commence à nous envahir, les projets d’un retour ou d’une recherche d’autres horizons canadiens plus prometteurs. Là on retombe dans l’engrenage d’un projet de retour, que je préfère qualifier d’émigration au pays d’origine, et ce dans le pire des cas, car avec le recul que l’on a fait, le doute persiste quant à la réussite de la réintégration et la confiance en soi qui disparaît au jour le jour.

Si nous savions que la vie au Québec était douce et belle, nous ignorions  que pour trouver un emploi au Québec, il fallait avoir fait ses preuves au Québec, et présenter un curriculum vitae avec des références d’emplois québécois! Comment avoir des références d’emplois sans emplois ? Parfois on trouve un petit boulot, souvent non déclaré…. donc impossible à mettre dans un CV. Les plus nécessiteux, même super diplômés, font des ménages,  la plonge ou au mieux Taxis, pour faire entrer l’argent et assumer les frais quotidiens.

Ce que nous ignorions également c’est que la majorité de nos chers diplômes ne sont pas reconnus au Québec (professions libérales, domaine de la construction, médecins, enseignants, infirmières, ingénieurs, comptables, etc.) et que si l’on veut exercer et évoluer dans notre branche nous devons retourner sur les bancs scolaires, pour obtenir les diplômes d’ici!

Et là encore l’expérience à mettre dans ce foutu CV manque toujours!

Dans certaines professions les syndicats et les cartes professionnelles obligatoires, acquises avec le système de l’apprentissage, font barrières pour postuler dans les postes disponibles. À cela s’ajoute de plus en plus l’obligation de maîtriser l’anglais, en plus du français, pour accéder aux emplois liés à l’informatique, au tourisme, aux relations publiques et aux postes offerts dans l’Administration du Canada. En effet, à Montréal notamment, tous les emplois demandent d’être bilingues, car il ne faut pas perdre de vue que nous sommes la seule Province francophone au milieu d’un continent anglophone.

Quand la réalité vous rattrape, que les économies se sont évaporées et que vous devez malgré tout assumer un quotidien, que reste-t-il comme solution à l’immigré, sans emploi, si ce n’est s’inscrire au BS ou Bien-être Social !

Mais quel Bien-être ? BS s’il est, au départ, un bien pour les démunis, il est avant tout synonyme d’échec, et de pauvreté pour l’immigrant. Le beau rêve américain se transforme en prison dorée. Adieu les appartements confortables, les vêtements neufs, la voiture, les loisirs, les cadeaux aux enfants, à la famille, les vacances au pays pour se ressourcer, etc.

Un nouveau mode de vie s’impose, réapprendre à vivre de privations, d’occasions dans les centres d’entraides. Et pour un bon nombre, de bénévoles ils deviennent assistés. Réapprendre à cacher sa misère matérielle, mais surtout morale, tout souriant et en continuant d’espérer le miracle de l’emploi. Les plus malins profitent du système et du travail au noir. Les plus honnêtes et courageux persévèrent dans leur quête de travail où reprennent des études. Les plus pessimistes repartent dans leur pays la douleur au cœur. Il y a aussi les exceptions, comme moi, qui réussissent à trouver un emploi. Mais ceux-là doivent rester solidaires de tous les autres, se battre à leurs côtés et témoigner afin que la situation de l’immigrant change.

L’essentiel dans l’immigration: la communication et la reconnaissance de l’autre

Dans une immigration, imposée ou non, le manque de communication et d’écoute peut retarder, voire bloquer l’intégration, et donc entraîner ce sentiment d’isolement.

Je reste convaincue que la partie la plus douloureuse que peut vivre un immigrant se ressent dans la non reconnaissance de ce qu’il est et bien plus encore l’indifférence que l’on peut lui témoigner.

La solitude, l’indifférence et le manque de communication peuvent conduire à des situations d’isolement social, voire d’exclusion pouvant être la cause de graves réactions psychologiques et émotionnelles.

J’ai longtemps souhaité et cru qu’à force de témoignages et de concertations les Gouvernements prendraient enfin conscience du réel problème d’emploi et d’intégration qui existe au  Québec et que la situation s’améliorerait pour les milliers d’immigrants (et réfugiés maintenant) installés ou en cours d’installation que les bureaux d’immigration continuent de recruter. il aura fallu des drames, racistes, comme à Québec en 2016, pour que l’on prenne conscience de la situation de l’immigration au Québec.

Aujourd’hui je crois qu’enfin, au regard de la misère mondiale qui se développe et de l’afflux de réfugiés de toutes origines qui demandent asile,  les Gouvernements et  institutions ont pris conscience qu’elles devaient reconsidérer leurs attitudes, en prenant en compte ces personnes, les considérer et leur venir, vraiment, en aide durablement, et ce pour un intérêt commun.

À la veille de terminer ce récit je voudrais exprimer un magnifique souvenir, que nombreux immigrants ont du vivre ou vivront.

Ce souvenir est celui du jeudi 30 Mai 1991, qui fut pour moi, née un 31 Mai, un émouvant cadeau d’anniversaire puisque mon époux, mes deux filles et moi-même fumes  convoqués à Québec, pour notre cérémonie de citoyenneté canadienne. Ce fut un moment historique dans notre vie. L’émotion fut telle que je ne pus empêcher des larmes de bonheur de couler, mais aussi de fierté lorsque, debout, j’ai levé la main droite pour répéter le serment de citoyenneté qui est de jurer fidélité à la Reine, et obéir aux lois et coutumes du Canada. Puis la cérémonie se termina par l’Hymne canadien.

Alors aujourd’hui je dis sincèrement merci au Québec et au Canada pour :

– l’accueil généreux offert aux immigrants ou réfugiés.

– son évolution dans l’attention et les soutiens proposés aux immigrants ou réfugiés.

– la qualité de vie que nous trouvons dès notre arrivée en sol québécois.

– sa volonté à conserver le Français, comme langue officielle.

– veiller à respecter et conserver la beauté de ses paysages, de sa végétation et de sa faune.

Merci Québec d’être et de rester vraiment « la Belle Province ».